0.3. critique de
l'interaction tactile

Ça ne fait aucun doute que l’interaction tactile constitue une avancée en matière d’appropriation de la machine. Elle génère un rapport magique avec l’interface qui se déploie sous nos yeux. La machine est moins inhumaine. L’usage est plus naturel et agréable. Mais les aspects positifs de cette interaction ne doit pas faire oublier les lacunes et les dysfonctionnements. C’est une modalité parmi d’autres, il faut lui trouver un sens.

Avantages

Comme il a été rappelé, l’approche tactile est riche en signification symbolique. Elle pourrait être considéré comme une question majeure de la relation Homme/Machine. L’outil automatisé vient en extension du geste de l’Homme. Mais avec l’informatique, le langage et le geste ont été contraints par la machine. Les nouvelles interaction avec l’ordinateur réduit ce phénomène. L’utilisateur est replacé au centre de la relation. La commande vocale est également un facteur d’amélioration relationnel. Ces interactions dites plus naturelles enrichissent le rapport que l’on développe avec l’outil. C’est pourquoi il est bon de s’appliquer à développer de nouveaux outils d’interaction. Et à améliorer ceux actuels. Dans nos usages nous gagnons à rendre la machine plus intelligentes, surtout dans sa compréhension de son environnement.

Les avantages ne sont pas que dans notre rapport profond à l’outil. Ce type d’interaction est plus efficace et moins complexe. C’est certainement la meilleure façon aujourd’hui d’interagir avec un appareil réduit. Les smartphones sont des appareils d’une grande complexité. Mais leurs fonctions sont relativement limitées. En associant différentes fonctions on peut générer une infinité d’applications. L’interface tactile est le meilleur moyen de rester simple et homogène. C’est un outil qui rend visible ses fonctions dans chaque contexte. L’informatique livre toutes ses commandes pertinentes comme jamais il n’avait été possible de le faire. Le résultat est une véritable aisance dans l’utilisation de l’outil, et une apprentissage très rapide.

Le caractère dynamique de l’écran tactile est une fonctionnalité extraordinaire. C’est-à-dire le fait de pouvoir faire évoluer les éléments de contrôle d’une interface sous la main de l’utilisateur. L’interaction tactile devient le moyen de concentrer un million de machine, avec chacune son interface. Chaque système peut changer son apparence et son organisation. Les outils évoluent dans le temps. Ils ne sont plus statiques. Le simple fait de pouvoir changer la langue avec laquelle nous saisissons un mot démontre l’avantage de ce dynamisme. L’affichage est le panneau de commande. C’est une boucle d’interaction innovante qui permet de concevoir de nouveaux outils dynamiques. Ces outils sont plus simples.

Inconvénients

Il y a certaines limites que l’on ne peut mettre de côté. Et tout d’abord il faut rappeler les point relevés au sujet du toucher. L’interaction tactile simule le toucher et développe une interaction pour la main seule. Mais simultanément réduit le lien tactile avec l’outil en proposant une interaction qui ne donne pas à sentir l’action. Ce phénomène de tromperie tactile n’est en soi pas vraiment problématique quand il s’agit de nos appareils mobiles. Notre usage en est limité et nos exigences sont assez souples. Mais quand il s’agit d’un outil de travail, cette lacune dans la précision du geste est gênante. On ne peut pas se permettre d’avoir un doute au sujet de l’activation d’une fonction, ou de la validation d’une commande. Et l’écran tactile ne permet pas de confirmer le geste autrement que par des indications visuelles. C’est insatisfaisant pour l’utilisateur quand la conséquence de son geste peut être importante. Le retour utilisateur est le signal renvoyé à celui-ci pour confirmer une action, ou un événement.

L’interaction tactile a besoin d’intégrer un système de retour tactile lui aussi. Un système de retour auditif est souvent présent mais il est peu développé. Le tactile doit récupérer par d’autres moyens ce qu’il a perdu par rapport aux périphériques utilisés auparavant. Le développement d’un système de retour tactile (feedback) pourrait permettre de ressentir dans la main les objets numériques. Donnant ainsi une physicalité de surface aux objets numériques de l’interface. Un nouveau langage d’interaction devrait alors émerger comme cela fut le cas pour le langage informatique, puis le langage graphique. REMARQUE > Solutions feedback

Une interface tactile peut être simple et difficile à utiliser. L’écran est à la fois l’affichage et le périphérique de pilotage. Il y donc naturellement un conflit entre les informations à voir et les information à manipuler. Toutes sont positionnés sur l’écran, et l’utilisateur doit pouvoir discerner l’ensemble. La disponibilité des fonctions se heurte au manque d’espace d’affichage. Il faut donc sans cesse simplifier l’affichage. Ce qui finit par réduire les possibilités d’action. L’utilisateur peut être confronté à des doutes quand à l’action à effectuer. Cela pénalise l’interaction globale.
Dans le même ordre d’idée, l’interaction multitouch permet d’effectuer des gestes sur l’écran. Ces gestes sont plus simples que des boutons, et aussi plus agréables à utiliser. Seulement ces gestes ne sont pas explicitement disponibles. C’est un véritable problème et à pour conséquence que de nombreuses fonctionnalités sont ignorées de l’utilisateur. Il ne peut pas en prendre connaissance. Généralement pour palier à cette difficulté, l’interface propose un didacticiel ou des messages informatifs qui viennent aider l’usager. Mais un apprentissage reste nécessaire.

Ajoutons que l’interaction tactile n’est pas adaptée à toutes les situations. Pour prendre un exemple basique, s’il fait trop froid et que l’on porte des gants, ou bien encore que l’on a les mains mouillées, l’écran tactile capacitif devient ennuyeux. Il n’est donc pas compatible avec certaines conditions climatiques ou certains environnements professionnels. On peut admettre que dans le cas des appareils embarqués dans les véhicules, l’interface tactile permet de contrôler plus efficacement l’outil en restant concentré sur la conduite. Cependant un dispositif tactile n’est pas conseillé quand il est question de piloter le véhicule lui-même. Même certaines plaques de cuisson sont équipés de dispositif tactile. Ces appareils ont tendance à ne jamais faire ce qu’on leur demande. Par sécurité et hygiène, l’outil devient contre-performant. Et l’ordinateur personnel est un exemple très éloquent de machine qui supporte difficilement l’interaction tactile. Non seulement parce que l’interface est inadaptée, mais cela est corrigible. En revanche il est plus difficile de régler les problèmes de position physique qu’exige le contrôle d’un grand écran installé face à soi.

L’inconfort des interfaces tactiles trop larges les réservent à un usage très ponctuel. Le pc devient difficilement tactile, alors même que la technologie est prête et que l’usage est éprouvé. Car l’interaction tactile doit être pensé pour s’appliquer à des cas pertinents; nécessitant un contrôle et un affichage dynamique, et destinés à être utilisé dans des conditions adaptées.

Potentiel

L’interaction tactile est profitable dans certains usages de l’informatique. La communication avec la machine pourrait en être amélioré. Mais l’informatique personnelle avec son écran vertical toujours plus large ne se laisse pas facilement adapter. L’ordinateur pourrait être tactile. Il serait alors plus simple et plus immédiat. Mais en contre-partie, son degré de sophistication et de complexité risquerait d’être réduit. Car l’interface tactile ne peut présenter les informations de la même façon que nous avons l’habitude de le faire. Les problèmes d’ergonomie limitent la transition de l’ordinateur vers un système tactile. Et encore celui-ci le deviendrait, il n’est pas dit que ce soit une modalité exclusive. L’ordinateur peut interagir avec différents outils, certains peuvent être "sans contact". Comme l’interaction gestuelle dans l’espace.

Mais pendant que nous enrichissons nos interactions avec de nouvelles modalités, nous pouvons engager une transition des outils existants. Le clavier et la souris ont des qualités qui nous satisfont aujourd’hui. Car nos systèmes se présentent comme majoritairement textuels, et que la souris est le périphérique informatique le plus simple. Tous deux sont compatibles avec la majeure partie des ordinateurs dans le monde. Mais ce sont quasi des reliques. Ce sont les ancêtres de l’interaction informatique. Et aujourd’hui ils se transforment déjà :

La souris devient tactile. on peut effectuer des gestes à sa surface pour interagir plus confortablement avec l’ordinateur et son interface. Mais le résultat est légèrement malhabile. Les concepteurs d’ordinateur portable ont toujours fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour solutionner l’absence de souris. Trackball, Trackpoint, Trackpad, etc. C’est une mine d’idées qui aujourd’hui amène le pad tactile a quitter le portable pour s’installer sur le bureau. Parce que cet outil est plus performant encore que la souris. Plus confortable, plus agile et moins fatigant. La souris comme surface tactile.

En revanche le clavier change peu ou prou. Il est toujours le même avec quelques fonctionnalités supplémentaires. On peut découvrir des innovations du côté des portables encore. La compagnie Asus a récemment lancé le Acer Inconia 6120, un ordinateur portable avec deux écrans tactiles. Le zone du clavier se transforme et prend d’autres fonctionnalités. C’est un nouveau terrain d’expérimentation pour le designer et l’utilisateur. Ce que propose cette entreprise est assez osé et plutôt rare. Quelques constructeurs se tentent à augmenter leur clavier de petits écran tactiles. Le studio Lebedev propose aussi un produit transitoire. C’est un clavier statique physiquement. Mais l’affichage de chaque touche est modifiable, sa fonction aussi. Et le tout est contextualisé avec les applications de l’ordinateur. C’est une proposition formidable, même si elle semble limitée.

Périphérique
tactile

L’idée d’appliquer l’interaction tactile à l’ordinateur par le clavier est une solution efficace aux problèmes d’ergonomie avec l’écran. L’écran face à soi reste ce qu’il est avec la connaissance et la maîtrise que nous en avons. En revanche l’outil sous nos mains devient tactile. Cela permet de rendre cet outil dynamique. Il peut se modifier et proposer de nouvelles fonctionnalités. Originales ou standards, les propositions peuvent être remises à jour et améliorées.

Ce clavier n’est plus nécessairement un objet à part entière, c’est une interface. Il s’adapterait à l’utilisateur, qu’il soit unique ou un groupe. On pourrait employer le clavier que nous souhaitons n’importe où. Interagir avec n’importe quelle machine. L’utilisateur serait ainsi toujours dans une interaction confortable avec l’ordinateur, car il est maître de son outil. Et développerait aussi une relation plus intime et plus performante. La langue de saisie ne poserait plus de problème. Les systèmes de raccourcis seraient simplifiés jusqu’à se transformer radicalement. Le clavier tactile comme interface est une idée simple et très riche. Mais sa conception est assez complexe. Bien plus que le clavier actuel. Il doit répondre à beaucoup de critères en respectant les contraintes d’un périphérique secondaire, et d’une interface tactile.

Conclusion

La proposition d’un périphérique tactile comme outil d’interaction manuel principal permettrait d’améliorer la communication Homme/Machine. Mais cette solution demande beaucoup d’attention dans sa conception car c’est un outil très complexe qui doit apparaître très simple.

De nombreuses questions sont soulevées par cette proposition. Il faut une étude méthodique de tous les points abordés. Les parties suivantes de ce document sont des recherches, des analyses et des propositions liées à la conception de cette interface tactile. Pour commencer il faut revenir aux sources de notre interrogation. Et questionner les périphériques d’interaction, à commencer par la souris et le clavier. Mais il nous faut comprendre l’informatique dans son usage global. Sans cette vision d’ensemble, on ne peut pas penser cette interface. Il est donc essentiel de comprendre l’ordinateur.

Ces points d’analyse vont nous permettre d’ouvrir le champ des recherches et d’identifier les différents problèmes auxquels il faut faire face. Cette première phase est importante. C’est la définition même de l’outil qui en découle. Le bilan de cette étape sera le référent de l’ensemble du projet.

L'intention est simple, il s'agit de simplifier l'usage de l'informatique traditionnelle en rendant visible et accessible les actions diponibles dans les différents contextes d'usage. Pour cela, l'interaction tactile offre la faculté d'afficher l'information et que celle-ci soit interactive.