2.3. Contextualité

Les réflexions sur les modalités d’interaction
nous amène à interroger les relations entre l’affichage et l’interaction.
Chaque usage, logiciel, et situation impliquent des contextes très divers.
L’ensemble de ces contextes forment un système riche et très complexe.

Complexité

Afin de rendre accessible l’interaction informatique, il a fallu réduire cette complexité contextuelle. La simplification du système passe par un découpage, une organisation et une hiérarchisation des informations et des fonctions. La cohérence du système est très importante, car c’est elle qui permet à l’utilisateur de relâcher la concentration sur l’interaction pour se concentrer sur l’objectif final.

Le nombre d’actions possibles et l’organisation des fonctions et informations constituent des freins à la simplification du système. Les contextes sont nombreux, et il y a également des sous-contextes. Prenons un exemple concret avec l’interface d’un logiciel d’édition d’image numérique (ici le très célèbre Photoshop d’Adobe) :

Dans la situation initiale, le système est à son minimum. Il propose de créer un document ou d’en ouvrir un existant. D’explorer les documents présents sur la machine. De gérer l’interface du programme. Ou encore d’obtenir de l’aide sur l’utilisation du programme. A ce stade que nous pouvons qualifier de très basique, une quarantaine d’actions sont disponibles.

Nous décidons d’ouvrir une image que nous souhaitons éditer. Alors le programme propose les actions que nous pouvons engager sur cette image. Les menus principaux proposent une centaine d’actions. Les menus complets en proposent plus de cent cinquante. Et plus de trente outils sont disponibles. En un coup d’œil superficiel, nous pouvons avoir accès à plus de deux cents fonctions (certaines se répètent dans l’interface).

Nous décidons de sélectionner une partie de l’image avec l’outil «sélection rectangulaire». Cet outil affiche alors les options disponibles. Il y en a onze. Ce contexte a donc déclenché un sous-contexte lié à l’outil. Si j’emploi l’outil et je décide d’activer l’option de «affiner les bords» de ma sélection. J’active alors un sous-sous-contexte qui affichent treize options. Cela peut continuer encore…

Dans le cas que nous avons choisi, qui est assez précis mais courant, nous pouvons extrapoler que le logiciel propose pas moins de quatre mille options, fonctions et outils, tous confondus. Dans ces circonstances il faut trouver une façon d’afficher et de hiérarchiser ces informations.

Logiciel

Pour permettre à un utilisateur de s’y retrouver dans n’importe quel logiciel, les systèmes d’exploitation ont des structures assez simples, qui se répètent tout au long de l’interaction. Par exemple, le contexte du logiciel se présente par défaut dans une fenêtre standardisée, éventuellement en plein écran. Dans cette fenêtre a lieu l’interaction liée au logiciel. Les éléments, boutons et menus appartiennent au contexte du logiciel.

Dans l’affichage, un menu est présent toujours au même endroit quel que soit le contexte. Ce menu, contextuel au logiciel en cours d’utilisation, permet à l’utilisateur de retrouver la quasi totalité des fonctions du programme. Sa position fixe simplifie la compréhension de l’interface et assure à l’utilisateur de savoir où trouver les actions et informations pertinentes. Ce menu s’adapte aux situations au sein du logiciel. Ainsi un système de présentation permet à la fois de connaître les fonctions possibles, et celles actuellement disponibles.

Raccourcis

Pour atteindre les fonctions du menu logiciel, il est possible d’utiliser des raccourcis clavier. Cela signifie que dans le contexte du logiciel, les touches du clavier acquiert des fonctions relatives au programme. Une touche ou une combinaison de touches permet ainsi d’activer une fonction plus rapidement que par le menu.

La relation entre la touche et la fonction est plutôt abstraite, par convention on lie un caractère du clavier à une fonction dont le nom anglais commence par ce caractère. Ainsi la fonction «Enregistrer» soit «Save» en anglais sera accessible par la combinaison «command+s».

Ce système est très performant pour un usage relativement intensif de l’ordinateur. Il permet un gain de temps notable. Mais l’inconvénient de cette méthode est la nécessité d’apprendre et de mémoriser ces raccourcis. Ce processus peut être long et pénible. Et le résultat est parfois frustrant. De plus, chaque logiciel possède ses propres fonctions et ses propres raccourcis. Il faut donc en mémoriser un très grand nombre. Heureusement certaines fonctions communes aux programmes sont identiques. Mais à l’opposé, des fonctions identiques dans différents logiciels peuvent avoir des raccourcis différents.

Commun

Face à la complexité et avec l’unité de l’interface, les caractéristiques communes aux différents programmes assurent le fonctionnement de l’interface. L’interaction est assurée par une cohérence. Un geste sûr émerge de la connaissance spatiale de l’outil d’interaction. Ce savoir de l’utilisateur lui permet de s’adapter à presque toutes les situations rencontrées.

Une interface réussie est une interface qui simplifie l’action et dont l’interaction se fait oublier pour laisser l’utilisateur se concentrer sur son objectif. Le meilleur moyen de répondre à la diversité des contextes est d’identifier les similitudes. À partir de cette liste de départ, on peut constituer un guide des actions principales et de leur positionnement spatiale.

L’interaction tactile doit proposer une solution au moins équivalente à l’utilisation d’un clavier physique pour la réalisation de cette tâche. L’avantage immédiat de l’interface de saisie tactile est l’affichage contextuel. Si l’élément est toujours accessible il est d’autant plus devenu visible.

Cas complexe

Si l’on emploie une suite logicielle telle que Adobe propose pour les designers numériques, il faut prendre en compte un nombre bien plus important d’éléments pertinents. Pour utiliser ces outils avec un maximum de leur potentiel il faut pouvoir réduire les temps d’accès aux fonctionnalités. Les raccourcis clavier sont plus nombreux dans ces contextes que dans tout autre usage de l’ordinateur. Il est toujours nécessaire de connaître ces raccourcis et de maîtriser la gestuelle.

Nous pouvons prendre en considérations les outils et raccourcis à l’écran. Et s’en inspirer pour l’interface de saisie tactile. Les symboles employés à l’écran et leurs positions sur le clavier physique nous incitent à réemployer cette structure connue.

Observations

Pour améliorer les conditions d’usage de l’ordinateur, il faut rendre visible et accessible les fonctions principales propres à chaque contexte. La cohérence du système est un critère essentielle pour l’utilisateur. interface tactile est intéressante pour son affichage dynamique. Mais cela ne doit pas nous faire ignorer les habitudes des utilisateurs.

Le système doit être unifié pour simplifier l’accès aux éléments principaux d’interaction. La rupture avec les conventions actuelles est une possibilité qui apparaît avec la possibilité de personnalisation de l’interface. On peut alors décider de modifier l’organisation spatiale des fonctions et concevoir un outil plus adapté à ses propres besoins.

Les contextes informatiques sont trop nombreux pour qu'un designer les traite tous afin de les intégrer à une interface. Il me faut être général et proposer une diversité satisfaisante. Pour chaque contexte existant, il y a un ensemble d'informations qui existent et que le système pourrait communiquer à l'interface.