4.2. Gestuelle souris

La souris est l’outil d’interaction principal avec les interfaces graphiques des ordinateurs personnels.
Un enfant sait utiliser une souris avant même de connaître l’alphabet. Il sait déplacer le curseur et cliquer.
C’est un geste simple et rapide qui sépare le geste du regard, et réalise sans cesse une interaction indirecte.

Principe

Le curseur est un élément d’interface essentiel. On le déplace à la surface de l’écran avec une souris (l’objet physique) ou par contact avec une dalle tactile (trackpad ou touchpad). Un ou plusieurs boutons viennent compléter l’objet et permettent de cliquer. Le clic est l’action de sélection de l’élément d’interface à l’écran, localisé sous le curseur. Curseur et clic sont donc exclusivement dépendants.

La souris physique se tient dans la main. Posée sur une surface plane, on la glisse dans les deux dimensions de la surface, correspondant aux deux dimensions de l’interface à l’écran. La relation entre le geste et l’écran est ainsi évidente. Le clic est toute aussi simple. On peut cliquer simplement sur un objet de l’interface. Si l’objet réagit au clic, il signale sa réaction visuellement. On peut aussi maintenir la pression du bouton. Ce clic prolongé a des propriétés variables que l’on découvre avec l’expérience. L’affichage peut aider à la compréhension des conséquences de ces gestes.

Usage

Les usages de la souris sont immenses. L’interface graphique utilisateur d’un ordinateur peut être pilotée intégralement à la souris. C’est donc un geste connu et usité. On fait glisser le curseur et l’on clique sur les objets tout au long de l’utilisation de l’ordinateur.
La main posée sur le corps de la souris, un doigt sur le bouton gauche, un autre sur le bouton droit. C’est la position classique. Avec la dalle tactile, le pilotage du curseur est réalisé à un doigt que l’on glisse sur la surface de la dalle. On déplace son doigt vers le bouton du clic lorsque c’est nécessaire. Avec l’évolution des dalles tactiles, il est possible de cliquer en effectuant un contact bref du doigt sur la dalle, comme un léger coup (tap en anglais). Le multitouch permet d’actionner la dalle avec plusieurs doigts. Deux doigts sont généralement employés pour faire défiler un affichage dans la direction du geste (le scroll en anglais). Sur la souris une roulette permet le même effet. Ce geste est devenu très banal dans les interfaces courantes.

Il y a quelques particularités techniques qui ont été développés avec le temps. La souris a gagné en ergonomie grâce à des ajouts de mesure dynamique. Ainsi la vitesse d’un geste et sa durée déterminent l’accélération du curseur ou du défilement. C’est un effet discret qui a un impact sur l’usage général de la souris. Les connaissances en ergonomie, grâce entre autres à la Loi de Fitts, permettent d’optimiser le positionnement, la structure et l’apparence des éléments d’interface. Toutes ces améliorations viennent renforcer l’efficacité et le confort de l’usage de la souris.

Dans le cas de l’interface tactile de saisie, la souris doit être omniprésente. Facile d’accès, simple d’utilisation, et cohérente avec l’expérience utilisateur. La souris tactile n’est pas le centre de cette interface mais elle est implicite en tout circonstance. On revient toujours à l’emploi du curseur. Cette interface doit répondre à ces besoins.

Gestes

On peut répandre le geste du trackpad. Soit un doigt que l’on déplace sur la dalle pour bouger le curseur. Mais ce geste serait en conflit fréquent avec les touches et boutons de l’interface.

Une solution à ce problème serait de définir une zone d’action limitée pour le contrôle du curseur, indépendante des touches. À la façon de la dalle tactile située au-dessous du clavier d’un ordinateur portable. Cette imitation est réalisée par l’ordinateur à double écran tactile de la compagnie Acer. Mais ce principe limite le geste et oblige à des retours incessants entre les différents outils d’interaction.

Une autre solution consiste à alterner l’utilisation d’un outil pour un autre par l’intermédiaire d’un bouton ou d’un geste. Cette solution est radicale et efficace mais elle est laborieuse et peu intuitive.

Enfin, la solution considérée comme la plus pertinente est la distinction gestuelle. Soit la définition de gestes suffisamment différents pour être simples sans que l’on puisse les confondre. Selon cette intention, il faut proposer une série de gestes distincts des gestes d’actionnement de touche, permettant les actions suivantes :
Déplacer le curseur, clic normal, clic droit (menu), clic maintenu, défilement (horizontal et vertical)

Proposition

En s’inspirant fortement des gestes de contrôle de la souris existants, on peut concevoir un set de gestes qui soit connu ou reconnaissable comme faisant référence au curseur. Enfin, si un geste n’est pas reconnaissable, il doit être très facile à apprendre et à reproduire. Si l’on considère que l’interaction à un doigt est réservée aux boutons. La souris doit employer au moins deux doigts. Un geste à trois doigts est plus complexe à réaliser, il devient même pénible à maintenir dans la longueur. De ce principe découle une interaction de la souris à deux doigts.

Contrôle du curseur
Déplacement de deux doigts proches sur la surface de l’écran. Exemple: l’index et le majeur, naturellement écartés.

À la suite de ce geste, découle les gestes de clic, proches des gestes employés sur une souris physique. On emploiera alors alternativement le doigt le plus de gauche ou de doigte en fonction du clic souhaité.

Clic gauche
Les deux doigts sur l’écran positionnent le curseur, le doigt gauche (index) tape l’écran pour effectuer un clic gauche.

Clic droit
Les deux doigts sur l’écran positionnent le curseur, le doigt droit (majeur) tape l’écran pour effectuer un clic droit.

Le clic maintenu est très utile. C’est la fonction de drag & drop très employée (attraper/déposer). Il doit y avoir un geste simple permettant d’accomplir cette fonction. Ce geste doit être compris dans la gestuelle de pilotage de la souris. L’emploi de deux doigts est donc toujours préféré.

Clic (gauche) maintenu
Les deux doigts sur l’écran positionnent le curseur, les deux doigts tapent l’écran pour effectuer un clic spécial. Le déplacement du curseur s’effectue toujours en déplaçant les deux doigts. L’objet d’interface est accroché à la position du curseur jusqu’à relâchement du contact avec l’écran.

Enfin, la fonction de défilement est considérée comme attachée à l’usage de la souris. La position du curseur à l’écran définit la localisation de l’action. Le défilement agit à cet endroit si disponible. Sur une dalle tactile, le défilement est réalisé avec deux doigts. Soit un doigt de plus que le déplacement du curseur. Dans cette logique, le défilement peut être réalisé avec trois doigts.

Défilement
Les deux doigts sur l’écran positionnent le curseur, un geste à trois doigts fait défiler les éléments de la fenêtre ou de la page. Un geste horizontal pour un défilement horizontal, vertical pour un défilement vertical.

Observations

Les gestes proposés sont simples, mais les tests tendent à démontrer une certaine complexité dans la première utilisation. Une prise en main est donc nécessaire pour pouvoir utiliser assez efficacement ces gestes, et surtout pour connaître le fonctionnement général de la souris. Car contrairement à la souris physique, cette souris virtuelle tactile n’indique pas son fonctionnement. Elle est implicite et invisible.

Certains gestes sont plus ou moins pertinents individuellement. Ils font sens dans un ensemble cohérent de manipulation de l’interface. Les paramètres de vitesse et de direction sont importants pour prédire un comportement et adapter une action. La distance entre les points de contact (doigts) est également intéressante pour discriminer un geste d’un autre. Ainsi la saisie simultanée de deux touches ne peut pas correspondre à l’activation de la souris. Enfin, une marge d’erreur doit être prise en compte dans la structuration de l’interface tactile en fonction des caractéristiques gestuelles définies.

Les gestes de pilotage de la souris sont plus étranges, car la souris est visuellement absente de l'interface. Mais en reprenant une gestuelle connue et maîtrisée, je suis convaincu que tout utilisateur pourra rapidement et aisément employer cet outil.