4.3. Gestuelle complexe

La gestuelle du clavier et de la souris est la plus employée au quotidien, et dans la majeure partie des contextes.
Mais ce ne sont pas les seuls gestes que l’on peut réaliser, ni que l’on souhaite accomplir.
L’interaction tactile multi-point (multitouch) permet des gestes plus riches et plus complexes.
On peut les concevoir et les implémenter, ou simplement les rendre disponibles.

Principe

Activer une touche, un bouton, est l’action de base. Sa gestion est primordiale. Ensuite viennent les gestes de la souris et assimilés. Déjà plus complexes que le clavier, la gestuelle de la souris n’est pas explicite, cela accroit la difficulté d’usage. Mais c’est un ensemble suffisamment réduit et cohérent pour être vite adopté. Son utilisation est simple.

Mais l’interaction tactile nous donne accès à des gestes plus sophistiqués. Plus complexes, ces gestes peuvent avoir des fonctions très précises dans certains contextes. Comme des fonctions banales en général. Il est important de lier complexité et récurrence d’une tâche. Ainsi une fonction peu employée peut correspondre à un geste complexe, dans la mesure où l’utilisateur est relativement expert dans l’usage en question. Au contraire une action courante et commune aux différents utilisateurs, aura un geste simple en comparaison de sa fonction.

Nous distinguons deux objectifs à nos gestes complexes. D’un côté, les gestes contextuels permettent d’effectuer des opérations complexes au sein de logiciels ayant des contextes spécifiques et nécessitant des fonctionnalités avancées. Ces gestes agissent sur le média qui est en cours de manipulation dans l’interface principale. De l’autre côté, les gestes complexes liés à l’interface tactile elle-même. Moins difficiles à réaliser et à mémoriser, ces gestes sont assez récurrents et n’agissent que sur l’interface de saisie, pas sur l’ordinateur.

Contextuel

Ces gestes sont donc contextuels du média et du logiciel employés. Ce sont des gestes de navigation ou de manipulation plus ou moins complexes. Par exemple, la navigation sur internet est facilitée par des gestes assez simples. En revanche le contrôle de l’affichage d’un document dans un logiciel d’édition d’image sera plus sophistiqué et donc plus complexe.
On peut définir quelques gestes d’action simples qui aident à la navigation en général. Ainsi nous avons cités la navigation sur internet. On peut concevoir des gestes permettant les actions basiques. Ce type de gestes est déjà implémenter dans les interfaces gérant le multitouch.

Navigation
Défilement : déjà cité plus tôt dans la gestuelle de la souris, le défilement s’effectue à trois doigts. Il peut permettre une navigation sur un document dans toutes les directions.
Avancer et reculer : En relation étroite avec le défilement, un geste à trois doigts de glissement rapide horizontal active cette fonction. Un glissement (swipe) vers la gauche pour avancer, vers la droite pour revenir en arrière, dans un historique de navigation.

Affichage
Zoom : Un écartement de deux doigts permet d’agrandir l’affichage (zoom). Le rapprochement de deux doigts, réduit l’affichage (dé-zoom). Ce geste peut entrer en conflit avec le contrôle de la souris. Pour réduire ce problème, Je propose un geste de zoom par contact à deux doigts de chaque main (soit quatre doigts), que l’on écarte ou que l’on rapproche. Ce geste nécessite l’usage des deux mains mais s’avère plus précis.
Rotation : Un mouvement de rotation du poignet permet de tracer un arc de cercle avec deux doigts. Cela active une rotation proportionnelle à la longueur de l’arc ainsi tracé. Ce geste est également susceptible de générer des conflits. Un geste plus large avec l’emploi des deux mains sera donc préféré. Comme pour le zoom, je propose un geste de rotation par contact à deux doigts de chaque main. Ce geste est plus précis. Les deux mains n’ont pas besoin d’être simultanément en mouvement.

Spécial

Lorsque l’on emploie Photoshop ou un logiciel équivalent, les actions de contrôle de l’affichage sont récurrents. De plus il est parfois nécessaire de pouvoir contrôler l’affichage, tout en manipulant un outil. Ce type de geste est proche des actions effectués par les mains d’un dessinateur sur une feuille de papier. Dans une situation réelle, un dessinateur utilise un outil pour tracer dans une main, il guide généralement son support avec l’autre main. Cette double interaction permet plus de souplesse, de précision et de confort. On observe que la main droite est donc souvent la main active, et la main gauche est un soutien. Si l’on transpose ces gestes à l’interface. La main droite peut piloter la souris (outil logiciel) pendant que la main gauche contrôle en partie l’affichage.
On peut ainsi imaginer un emploi de la souris, ou du stylet, associé à un ou deux gestes permettant de contrôler l’affichage.

Zoom : Deux doigts de la main droite contrôlent la souris. De la main gauche, un geste d’écartement ou de rapprochement à deux doigts permet de contrôler le zoom.
Rotation : Deux doigts de la main droite contrôlent la souris. De la main gauche, un geste de rotation à deux doigts permet de contrôler la rotation de l’affichage du document .

On peut noter que le geste de contrôle de la souris est moyennement adapté au dessin numérique. En effet, le maintien de clic selon les principes tactiles choisis plus tôt est difficile à employer pour maintenir l’usage d’un outil de dessin. Dans ce cas, le geste peut évoluer par l’emploi du pouce simultanément. Ce troisième doigt un peu éloigné enclenche la fonction de clic maintenu. Ou encore, par l’emploi du stylet. Ce dernier est l’outil le plus adapté au dessin numérique.

Interface

Une dernière catégorie de geste est relative au contrôle de l’interface. Dans les systèmes employant le multitouch, que ce soit sur tablette tactile ou trackpad d’ordinateur, ces gestes agissent sur l’interface principal. Dans notre cas, il y a deux interfaces qui sont partiellement indépendantes. L’interface principale relative à l’ordinateur. Et l’interface tactile de saisie au niveau de la tablette. Les gestes proposés ici ont pour but d’enrichir l’interaction générale. Donc certains seront relatifs à l’interface principale, d’autres à l’interface tactile.

Interface tactile
Changement clavier : Il est possible de changer rapidement et simplement de clavier, parmi ceux disponibles dan sel contexte. Un glissement à cinq doigts horizontalement permet de passer au clavier précédent ou suivant. Le geste de glissement (swipe) de la gauche vers la droite permet d’accéder au clavier précédent (dans la liste contextuelle). Un glissement de droite à gauche permet de passer au clavier suivant.
Affichage de l’ensemble des claviers, et gestion de ceux-ci : Le système peut vite devenir complexe à la vue des possibilités offertes. Une vision d’ensemble peut aider l’utilisateur dés la prise en main, et encore plus par la suite. Un geste de glissement à cinq doigts de bas en haut fait apparaître au bas de la tablette les claviers disponibles dans le contexte. Un geste de glissement à cinq doigts de haut en bas, fait basculer l’affichage vers le gestionnaire de clavier.

Interface principale (ordinateur)
Dans le cas où le système d’exploitation de l’ordinateur le permet, certains gestes peuvent faciliter l’accès aux fenêtres et applications. Ces gestes ne pourront pas être compatibles avec tous les systèmes.
Affichage des fenêtres actuelles : Dans le logiciel en cours, on peut afficher à l’écran toutes les fenêtres simultanément en glissant quatre doigts verticalement du haut vers le bas.
Affichage des applications actuelles : L’ensemble des applications en cours, et leurs fenêtres apparaissent simultanément en glissant quatre doigts verticalement du bas vers le haut.
Changement de bureau : Le glissement de quatre doigts horizontalement de gauche à droite ou de droite à gauche permet respectivement de passer au bureau précédent ou suivant.

Observations

Ces gestes sont naturellement plus complexes à réaliser et donc à mémoriser. Une certaine prise en main est nécessaire. Mais ce sont des fonctionnalités ajoutées. Elles sont accessibles par d’autres moyens. Il n’est donc pas nécessaire de les employer ou de les apprendre. Leur utilisation apparaît progressivement avec la maîtrise et l’usage. Cependant il faut assurer à l’utilisateur une interaction fluide et cohérente. C’est pourquoi ces gestes doivent être pensé dans l’expérience globale. Les problèmes de conflit entre les gestes doivent être réglés efficacement dés la conception. Une batterie de tests est nécessaire pour assurer la cohérence et la pertinence de l’interaction gestuelle complexe.

D’autres gestes sont possibles dans certains contextes pour pousser le contrôle multitouch. On imagine par exemple, le contrôle de la saisie textuelle par l’emploi d’une série de gestes à plusieurs doigts. Ces gestes apparaissent trop complexes pour être mémorisés par l’ensemble des utilisateurs. Il faut envisager que le système puisse évoluer avec l’expertise de chacun. Mais la base commune doit rester aussi simple qu’elle est proposée ici.

Les gestes nouveaux ou rares sont assez complexes car ils sont invisibles. Or la visiblité des actions disponibles est un critère essentiel pour moi. C'est pourquoi ces gestes sont limités et le plus cohérent possible avec l'expérience de l'utilisateur. Enfin, il permettent de gagner en souplesse et en efficacité, mais ils ne sont pas indispensables.